Climat

EPR finlandais : investir dans le nucléaire est décidément beaucoup trop risqué !

La compagnie finlandaise d’électricité Teollisuden Voima (TVO) vient de confirmer que le démarrage du réacteur nucléaire finlandais qu’Areva est en train de construire sur le site d’Olkiluoto n’aura lieu qu’en 2012, donc avec trois ans de retard, ce qui ferait grimper le coût total du projet de 50 %. Selon Greenpeace, à l’heure où la crise financière mondiale bat son plein et alors que les crédits se font rares, les clients potentiels d’Areva doivent tirer la leçon du fiasco finlandais : investir dans le nucléaire et en particulier sur l’EPR est extrêmement risqué.

« L’EPR finlandais prouve l’inefficacité du nucléaire dans la lutte contre les changements climatiques. La Finlande doit se mordre les doigts d’avoir misé sur l’EPR pour tenir les engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto, déclare Frédéric Marillier, responsable de la campagne Énergie à Greenpeace France. Voilà beaucoup de temps et d’argent de perdus, qui auraient pu être investis dans la mise en œuvre d’une vraie politique alternative d’efficacité énergétique et d’économies d’énergie, et dans le développement massif des renouvelables. » *

La France va payer les surcoûts…
Le chantier finlandais, entamé en octobre 2005, accuse désormais trois ans de retard, source de dérapages budgétaires importants. En août, suite à l’annonce par Areva d’une nouvelle provision inscrite sur ce chantier en raison de surcoûts pour tenir le calendrier et de difficultés des sous-traitants, le quotidien Les Échos révélait que la facture de l’EPR finlandais enregistrait une augmentation de 50 %. Coût global du projet : 4,5 milliards d’euros, pour un prix initial de 3 milliards.

Par ailleurs, pour la vente de l’EPR en Finlande, Areva a obtenu de l’État français une garantie à l’exportation record de 610 millions d’euros, via l’Agence française de crédit à l’exportation (Coface). Grâce à cette coquette somme, Areva a pu proposer à son client, TVO, un contrat à prix fixe, très intéressant puisqu’il élimine tout risque économique pour l’acheteur. En clair, cela signifie qu’Areva paiera tous les surcoûts de sa poche. Sachant qu’en plus des dérapages budgétaires, le géant du nucléaire va devoir verser à TVO des pénalités de retard, estimées à 2,2 milliards d’euros par le magazine Capital en mai dernier…
Pour mémoire, 80 % du capital d’Areva sont détenus par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), une structure publique. Qui va donc éponger cette astronomique facture ? Les contribuables français ?

… et les Finlandais, des crédits carbone supplémentaires !
Pour rester dans les clous des engagements de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre contractés dans le cadre du protocole de Kyoto, la Finlande va devoir investir beaucoup plus que prévu dans les crédits carbone. Dans la nouvelle version du plan national d’allocation des crédits carbone, le gouvernement finlandais a augmenté la dotation totale de 13 Mtonnes de CO2 pour le secteur de la production d’énergie. Comble du fiasco, la compagnie Fortum (un des principaux actionnaires de TVO et future « bénéficiaire » de l’électricité de l’EPR) a annoncé que, du fait du retard du chantier à Olkiluoto, elle allait construire une centrale à fioul de 250 à 300 MW pour compenser le manque à venir d’électricité en 2009. Les citoyens devront mettre la main au porte-monnaie : selon une étude réalisée par l’industrie lourde finlandaise, le retard de l’EPR devrait coûter aux consommateurs d’électricité 3 milliards d’euros. **

* Dans son scénario [R]évolution énergétique, Greenpeace démontre que les mesures d’efficacité énergétique associées au développement des énergies renouvelables sont à même de répondre à 50 % des besoins d’énergie d’ici à 2050.
** Étude citée dans un article du journal financier finlandais Kauppalehti, www.kauppalehti.fi/avar/plehti/index.jsp?xid=2546439&date=2007/09/11.

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